18 mai 2007

De qui vous Môquet vous?

imagesC'est la question que j'ai envie de poser aujourd'hui à Nicolas Sarkozy.

Et ce pour deux raisons qui sembleront peut-être contradictoires. A la fois parce que c'est beaucoup et parce que ce n'est rien.

Ce n'est rien d'abord parce que vouloir faire lire au même moment le même texte à tous les élèves de France, c'est une mesure ridicule, inapplicable dans la pratique (comment vérifier que chaque prof désigné, le jour de la rentrée, s'exécute docilement?).

Mais c'est en même temps beaucoup. Je ne nie pas le caratère émouvant de la lettre de Guy Môquet, mais elle est loin d'être la seule. Il suffit de lire le très beau recueil de lettres de poilus (publié en Librio), jeunes eux aussi, sachant qu'ils risquent ou qu'ils vont mourir eux aussi. Mais il  a également d'autres textes qui personnellement m'émeuvent beaucoup plus et que je ne prétends pas imposer à la nation entière. Relisez les magnifiques premières pages du Voyage au bout de la nuit de ce styliste de génie qu'est Céline. Comment ne pas éprouver tout le tragique de la guerre lorsque l'on assiste à l'entrée en enfer du soldat Bardamu?

"On est puceau de l'enfer comme on l'est de la volupté" écrit-il.

Eh bien moi, voilà, je préfèrerais qu'on lise ce texte-là, mon collègue très certainement un autre et un prof de l'autre bout de la France choisira un troisième texte tout aussi porteur de sens. Les programmes sont là pour donner un cadre et garantir une certaine homogénéïté, mais il faut faire confiance aux profs pour choisir les textes qu'ils aiment, les documents qu'ils aiment. Car c'est comme cela qu'ils arriveront à les porter et à les faire aimer aux élèves. Surtout dans les quartiers difficiles. Je sais de quoi je parle, moi qui enseigne dans une des villes les plus pauvres de France. J'y arrive aussi parce que j'aime ce que j'enseigne, même si ce n'est pas facile tous les jours.

Alors ça n'a peut-être l'air de rien, peut-être suis-je alarmiste, mais cette année c'est ça, l'année prochaine pourquoi ne pas faire hisser le drapeau à tour de rôle par les élèves dans la cour de l'établissement et l'année d'après chanter "Nicolas, nous voilà...". Un homme politique n'a pas à imposer ses goûts et ses émotions. Nous n'en avons que faire. Qu'il gouverne professionnellement, c'est tout ce qu'on peut tolérer.

Posté par HERISSONELEGANT à 17:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur De qui vous Môquet vous?

    Salut.

    Salut,
    Moi c'est Stéphane.
    J'aime beaucoup Louis-Ferdinand Céline et je voudrais juste te dire qu'il a écrit, "on est puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté" et non de l'enfer...
    Je pense que pour Céline, ces deux mots ont deux significations vraiment différentes, c'est pour ça que je me permets de te le faire remarquer, si l'on cite quelqu'un, autant le citer à lettre, non ?
    Voilà.
    Et continue de faire lire Céline à tes élèves, je trouve ça génial.
    Je t'embrasse,
    Stéphane.

    Posté par Suenio, 20 mai 2007 à 20:21 | | Répondre
  • Tu as tout à fait raison pour la citation de Céline. Merci pour la correction! Dire que j'ai étudié ce texte il y a à peine six mois! Mais bon, c'est souvent comme ça avec les citations hyper connues, on les répète tellement qu'on finit par les déformer...
    A bientôt!

    Posté par herissonelegant, 21 mai 2007 à 09:44 | | Répondre
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